Témoignage sur la coopération intergénérationnelle

Voici un témoignage sur la coopération intergénérationnelle, recueilli ce mois de Janvier 2017 :

« J’ai 52 ans et je suis depuis une vingtaine d’années. Après avoir officié dans la presse spécialisée à Paris puis dans une radio à Lyon en tant que rédactrice dans un grand quotidien régional; je travaille avec de nombreux stagiaires qui viennent durant les mois d’été ou toute l’année en alternance. Tous appartiennent  à une école de journalisme. Le profil type est un ancien étudiant de Sciences-Po qui a intégré ensuite,  sur concours (très sélectif), une école de journalisme qu’il effectue en deux ans.‌ Souvent il parle plusieurs langues, a déjà passé un an à l’étranger. Même si j’ai moi-même une licence de philosophie et le diplôme de l’Institut pratique de journalisme passé en 1989, je sens de réelles différences entre ces jeunes et moi. Je les sens beaucoup plus débrouillards dans de nombreux domaines. Voire plus compétents, mais pas dans tous.
Ces jeunes sont amenés à travailler dans deux sortes de postes: le secrétariat de rédaction (qui consiste à ordonnancer des pages en fonction des papiers) et la rédaction (il s’agit d’aller sur le terrain et d’écrire des papiers).

Dans le premier poste, il est étonnant de constater avec quelle facilité ils appréhendent nos logiciels « maison », qui permettent de monter les pages. Là où un journaliste âgé de plus de 30 ans a besoin d’une semaine de formation intensive, ils n’ont besoin que de deux jours pour maîtriser l’outil. En revanche, ils ont beaucoup de mal dans le travail de relecture et le sens même du texte. Ils peuvent laisser passer, par exemple, des phrases mal construites ou incohérentes.  Sans parler des fautes d’orthographe. D’autre part, ils réalisent des vidéos sans problème alors que la plupart des journalistes en poste n’y parviennent pas, ne pratiquent pas et du coup abandonnent ce nouveau « stylo », pourtant passionnant.
Mais ce qui est très étonnant est leur réticence à aller sur le terrain, à se frotter au réel… Autant un vieux journaliste est malheureux quand il n’est pas dehors à humer  l’air du temps, creuser, fouiller, fouiner, interviewer et se plaint d’être rivé à son ordinateur. Autant les jeunes peuvent passer des journées entières devant leur ordi sans s’en plaindre. Ils n’ont aucun mal avec l’outil ( ils sont d’ailleurs très performants  pour en extirper des informations qu’il serait difficile de trouver ailleurs) mais ont beaucoup de mal à quitter le confort de la rédaction. Rencontrer des gens qu’ils ne connaissent pas, sonner à des portes sans savoir qui se trouvent derrière, prendre des photos d’inconnus semble les paralyser. Hier j’ai demandé à un stagiaire de descendre dans la rue et de ne pas rentrer sans un sujet… en vain.

Le même est un excellent dénicheur de sujets via les réseaux sociaux. Autre différence : quand ils estiment que leur travail est terminé, ils s’en vont à 17h30 sans aucun complexe. Aucun journaliste professionnel ne part avant 19h30/ 20 heures… alors que la journée a parfois commencé à 8h30. Là encore, les jeunes ont beaucoup à nous apprendre. »